12 Août | Foncebadon | J21

La tempête au diesel n’aura duré que quelques jours. Deux à trois, si l’on compte la veille de notre arrivée à Leon [et un jour supplémentaire pour nous remettre en état]. Cette pause à Astorga nous aura fait du bien. Nous avons traîné nos corps fatigués dans la ville, y avons visité les jardins de l’épiscopat à l’intérieur desquels se trouve une construction de Gaudi qui fait, avec la cathédrale et son passé antique la renommée d’Astorga. Nous avons visité une antique maison de patricien romain, les rues mi pierres, mi béton…

Nous avons également assisté à une messe dans une petite église charmante qui propose des messes à thème tous les quarts d’heure. Pas de prêtre, pas de cloches, juste un magnétophone qui diffuse des prières récitées en espagnol par une voix pressée de vielle femme que les adeptes s’empressent de répéter avec un rythme quasiment frénétique. A 18h15 c’était la messe de la Sainte Vierge, à 18h30 celle de Saint François d’Assise, à 19h00 celle des pèlerins, à 19h15 celle de la Miséricorde… Un moment surprenant qui, je crois, aura fini de convaincre Allan que la religion catholique n’est pas faite pour lui.

Notre auberge, perchée sur les murailles de la ville, surplombait une partie du Leon, donnant à voir, au loin, les premières montagnes. Notre chambre était perchée sous les toits au sixième étage depuis la base des remparts, quasiment dans les combles où la chaleur y était redoutable et ce pour toute la nuit. Nous avons décidé de dîner sur la terrasse, face à un panorama saisissant de grandeur et avec un soleil couchant.
Il nous aura tout de même fallu une bonne heure et demie pour faire cuire quelques pâtes. Une mexicaine avait entrepris de réaliser des fajitas pour une dizaine d’amis pèlerins. Elle s’était accaparé toutes les plaques chauffantes, faisant « ttt, ttt, ttt » de la langue dès que quiconque s’approchait et a manqué de se faire lyncher par une vingtaine de pèlerins, dont moi, massés autour d’elle dans une sorte de file d’attente affamée ! Nous cherchons avec Allan la sagesse sur le chemin. Hier, nous avons toutefois dû nous relayer à plusieurs reprises dans la file d’attente car Allan comme moi risquions de perdre en une soirée tous les bienfaits de notre aventure.
Le reste de la soirée fut idyllique, bien que bruyant. Nous étions entourés d’italiens et d’espagnols qui ont failli nous faire regretter nos poids lourds.

Après une nuit apaisée, nous avons pris la route assez tôt. Nous sommes progressivement arrivés sur les premiers reliefs du Leon. Les villages n’ont plus rien avoir avec ceux dont je vous parlais. Il s’agit désormais de villages faits de maisons en pierres. Pas de grandes hauteurs, mais des rues larges, pavées, de grandes places, des arbres, des fontaines, probablement quelques voitures quoi que nous n’en ayons pas vues. Des lieux accueillants, comme on en trouve à la naissance des Pyrénées. Nous avons pris dans un village un petit déjeuner copieux, un rafraîchissement dans un jardin de Rabanal del Camino où une chienne promenait ses deux petits et où une chatte venait de mettre bas un chaton qui parcourait le jardin probablement pour la première fois. Nous avons fait la connaissance à ce moment-là de Tina, une allemande au large sourire.

Nous avons vu les paysages changer et la flore également, retrouvé des chênes. L’aridité que nous quittons progressivement a été remplacée par une végétation rase mais odorante et colorée.
Bien sûr, la faune change également. Nous avons trouvé aujourd’hui sur notre chemin une légion de butineuses de tailles diverses. Allan saura vous en parler car l’une d’entre elles est venue se lover contre son petit cœur qui n’a fait qu’un bon. Le combat s’est engagé entre le pèlerin affolé et l’animal effrayé. Il n’aura pas duré longtemps avant que la guêpe ne s’échappe, laissant une belle trace de son passage. Nous avons dû faire usage de toute notre pharmacopée. Antihistaminique, cortisone et enfin doliprane pour atténuer la douleur qui lui a pris tout le bras depuis la piqûre au  niveau de la carotide. Allan, affolé par l’affaire, s’est mis à crapahuter comme un fada dans la montagne et il ne lui aura pas fallu plus d’une demi-heure pour grimper 300 mètres de dénivelés sur presque 4 kilomètres. C’est en suffoquant que j’avais peine à le suivre. J’ai tout de même réussi à le rattraper pour prendre de ses nouvelles. Le pauvre s’inquiétait d’avoir le souffle court et des difficultés à respirer, sans doute à cause de la guêpe……..

Nous pensions donc entamer la descente de la montagne après le sommet de la Croix de Fer. Mais nous nous sommes arrêtés à l’étape d’avant, dans un village très petit et très agréable par son point de vue. Quelques constructions de pierre se succèdent dont quelques-unes ne sont pas en ruine. C’est là, à Foncebadon, que nous avons posé nos sacs. Le point de vue est parfait sur toute la vallée, les aigles tournent au-dessus dans un ballet sensationnel fait de pauses stationnaires incroyables. Le temps, chaud jusqu’en milieu de journée, est en train de virer. Le vent se lève avec force et rafraîchit sacrément. Les nuages gonflent. Nous sommes bel et bien de nouveau en montagne !

Allan, qui a survécu, a pris en main notre pérégrination, carte à l’appui, pour les prochains jours. Une toute petite dizaine de jours nous séparent de l’océan. Il n’y a donc pas d’inquiétude à avoir de ce côté-là. Nous avons suffisamment pris d’avance pour pouvoir à loisir nous arrêter là où nous le souhaitons.

La vie est douce. Même les chinchas semblent sereines ! Je vais aller me reposer un peu. Nous vous embrassons à pleins poumons.

[sieste]

Au réveil de ma sieste je constate que notre dortoir s’est rempli d’asiatiques. Pas d’italiens, pas d’espagnols. Si nous gagnerons en qualité sonore, j’ai quelques réserves sur les ondes…Il y a au moins un iphone en charge dans chaque prise de la pièce, et chacun de mes colocataires a en main un autre iphone.

Dehors le froid tombe et il pluviote. Le temps idéal pour s’enfoncer dans son duvet et se laisser emporter à nouveau.

Ville de départ : Astorga
Ville d’arrivée : Foncebadon
Distance parcourue 27,5 km
Durée totale : 6 heures 30

Distance totale : 551,5 km

3 comentaires
  1. Mamounette 4 années ago

    Allannnnnnn
    Le commentaire de Sam fait bien rire ta grand mère, qui t’imagine ” te débattant avec toutes tes bestioles” (citation de mémé) Moi, cela me désespère que le sort s’acharne à ce point sur le délicat organisme de mon fils.

  2. Marylène 4 années ago

    Allannnnnn, merci pour les photos, j’aime vraiment ces instants pris sur le vif, ces clins d’oeil tous azimuts qui pénètrent la spontanéité du regard en marche.
    Bon, on dirait que le temps de la clémence (divine?!) est de retour. Quelle drôle de fantaisie que de faire passer le chemin en ligne droite pdt 3 jours le long d’une autoroute à poids-lourds, quand il existe sans doute bien d’autres sentiers certes plus longs…mais enfin vous voilà sortis d’affaire pour notre plus grand soulagement aussi.

    Allan, que dirais-tu pour gagner quatre sous de prêter ton corps à la science en tant que cobaye vivant en vue de permettre à la recherche entomologiste de progresser sur les délais de guérison à partir de venins d’insectes?!

    Vous êtes une pièce de théâtre à vous seuls!!

  3. Zou 4 années ago

    Sam, je ne t’ai jamais vu avec autant de barbe !!!
    Je vous envoie une vague de fraîcheur océanique.
    Bises à vous

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