21/04| De la baie à Rennes

Au sortir de notre cabane le temps a semblé nous rattraper à une vitesse fulgurante. Je n’ai pas trouvé ni le temps ni l’énergie pour écrire avant aujourd’hui, dimanche soir, soit le lendemain de notre retour.

Jeudi matin, après une nuit à raviver régulièrement le feu, rêvant au son du crépitement de l’âtre, nous nous sommes réveillés comme s’il s’était agi du tout premier jour. Un troupeau de moutons avait envahi les alentours de notre cabane. Nous avons prolongé autant que possible cette parenthèse enchantée avant de prendre la direction du Mont Saint-Michel, dont l’accès, loin de l’image d’Epinal, est totalement règlementé, limité et organisé. Finie l’époque de la traversée périlleuse où il fallait attendre patiemment la marée basse pour se lancer à la découverte de cet asile au milieu de la mer. Finie.

De prime abord Diney Land nous avait semblé plus authentique que le Mont Saint Michel. Des hordes de touristes agacés, en colère, vexés d’avoir dû payer une fortune pour laisser la voiture au parking, d’avoir été contraints de monter dans une calèche à grand frais pour avancer seulement au pas, le nez collé aux culs de deux gros chevaux très odorants, des hordes de touristes disais-je, furieux de voir le Mont Saint Michel pris d’assaut par d’autres touristes comme eux, enragés de réaliser qu’à 38 euros la dégustation de l’omelette de la mère Poulard, ils devront se contenter du sandwich au thon de la mère Poulard, vendu tout de même huit euros, énervés à force de grimper toujours trop de marches qui agressent leurs genoux grippés et qui leur étranglent les poumons desquels exhale une haleine faite d’un mélange de cidre et de kouign amann, des hordes de touristes, voulais-je dire, s’étaient emparés du village, ou plutôt de la grande boutique de breloques chinoises qui compose le bas du Mont.

C’est à partir de l’entrée de l’abbaye, payante, qu’a commencé à s’opérer une sélection parmi les touristes. Les « de toutes façons c’est que des vieilles pierres », les « les boutiques souvenirs sont en bas, pas la peine de monter plus haut », les « neuf euros ? je préfère les passer dans une carte postale, au moins on pourra l’accrocher sur le frigo », les « j’ai trop mal aux genoux, continuez sans moi » et les anticléricaux tenant en laisse un petit chien, tels Allan, sont restés dans la partie basse. Tous les autres sont montés, ce qui en soit ne représentait plus grand monde.

Certes il faut avoir une appétence pour l’histoire et les vieilles pierres. Mais pas exclusivement. Toute la structure abbatiale du Mont Saint Michel, réalisée sur huit siècles, est une réalisation artistique et mystique surprenante. La succession de salles, de corridors, de jardins ou de chapelles, accrochée aux flancs de ce rocher, est une surprenante définition de l’ingéniosité de l’homme. Il s’agit tout à la fois d’une Tour de Babel et en même temps d’un sanctuaire ésotérique et éminemment poétique où poussent des fleurs au milieu d’un jardin suspendu. Le Mont Saint Michel ne peut pas être étranger à Miyazaki avec son château dans le ciel, pas plus qu’à Tolkien et à Peter Jackson avec la cité fictive de Minas Tirith.

Nous avons poursuivi notre route vers Rennes. C’est alors que nous avons été rattrapés par l’agitation urbaine, celle qui nous anime et nous nourrit, avec en plus une ville à la fois charmante, hospitalière et très vivante. Nous avons déambulé jusqu’à nous perdre dans divers quartiers, à travers des foules de jeunes et d’artistes, errants, pour finir à l’abri du Royal Bar, car la pluie commença tout doucement à apparaître. Une pluie douce, très fine, éparse, presque imperceptible. Le Royal Bar se révélant être, progressivement, au fur à mesure que les clients arrivaient, un endroit très sélect et très sophistiqué, nous avons fini par nous en retourner à nos appartements ou nous avons observé de loin l’agitation de la ville, tout en savourant en toute simplicité notre pique-nique en tête à tête.

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