13 Août | Ponferrada | J22

Ville de départ : Foncebadon
Ville d’arrivée : Ponferrada
Distance parcourue 27,5 km
Durée totale : 6 heures 30

Distance totale : 579 km

Voilà une journée que nous ne sommes pas prêts à oublier, si tant est qu’il y en ait au moins une que nous puissions oublier… Le réveil s’est fait au son des sacs plastiques par centaines de nos colocataires japonais. Ceux-ci ont pratiquement un sac plastique de rangement pour chaque objet.

La suite, nous l’avons passée sous une pluie battante, un vent de face et dans l’obscurité d’un jour qui avait peine à naître tant nous étions au cœur d’un épais nuage, à 1500 mètres d’altitude. Nous avons croisé la Cruz de Hierro où nous avons profité de la piété béate de tous les pèlerins pour quitter le groupe et nous retrouver un peu seuls au milieu de ces montagnes magnifiques. Nous avons descendu pratiquement un kilomètre de dénivelés. Nous étions trempés jusqu’aux os malgré notre protection. Nous ressentons à présent la lourde fatigue causée par le froid, l’humidité et le vent de face. Mais quel plaisir de nous engouffrer dans des bars, collés à d’autres personnes, pour nous réchauffer avec une tasse de café chaud et pour nous sécher les os. Quel bonheur, au hasard d’un nuage, de voir percer le clocher d’un nouveau village où nous sommes sûr de trouver un peu de chaleur. Quel bonheur de faire corps avec cette montagne qui est le point culminant de notre chemin.

Un tel périple nous a fait oublier la guêpe d’hier. Ou peut-être est-ce l’araignée qui nous l’a faite oublier, cette araignée qui a dévoré Allan dans la nuit en bas du dos. Peut-être aussi qu’il s’agit de ses deux boutons de fièvre qui sont apparus ce matin et qui se sont rejoints pour transformer sa lèvre délicate en une espèce de bout de viande faisandé. Ou bien ses trois aphtes, apparus aussi dans la nuit… Qui sait.  Qui sait surtout dans quel état il arrivera à la fin de notre voyage. Malgré une surveillance de chaque instant, je commence à douter de mes capacités à le ramener intact.

Peut-être aussi que la soirée d’hier n’est pas en rien à notre bonheur. Une soirée adorable, durant laquelle nous avons partagé la table de plusieurs espagnols. Un moment de partage d’une convivialité précieuse, qui s’est éternisé et qui s’est prolongé jusque tard dans la nuit au son de guitares. Un concert s’est improvisé entre chants manouches, variété espagnole et pop musique, le tout interprété par deux guitaristes dont vous aurez un extrait vidéo avec le présent article.

Nous voici désormais à Ponferrada, à un peu plus de 27 kilomètres de Foncebadon. Cette grande ville et la dernière de la région de la Castille. Demain, je pense, nous devrions entrer en Galice, à moins que ce ne soit un jour après. Nous avons fait un petit tour de ville, mais la fatigue nous a contraints à un repli stratégique dans notre dortoir. Mais je ne désespère pas d’emmener Allan visiter l’imposant château de l’ordre des Templiers, qui date du 13ème siècle, après quoi nous irons sans doute au restaurant, pour fuir la cuisine de l’auberge qui vient sans doute de s’accaparer la mexicaine d’Astorga (elle s’est en tout cas accaparé les douches, pour l’instant). Le temps ne nous permettant pas de faire sécher le linge, nous ne l’avons tout simplement pas lavé. Espérons que demain l’humidité nous épargne, car nous n’avons de change que pour un jour.

La sieste d’Allan prend fin dans dix minutes. Je vais m’allonger à mon tour, profiter de son quart et me reposer un peu. J’oublie sans doute bien des choses à vous raconter, mais les photos parlent aussi, et le reste nous appartient, notamment les couleurs du ciel que rien ne peut rendre à l’identique, ni les photos, ni les mots. La fatigue est trop forte.

Portez-vous bien. Nous vous aimons fort !

1 commentaire
  1. Carolinette 3 années ago

    À chaque mot, chaque ligne, chaque paragraphe, l’envie de lire vite, vite, vite, pour connaître la suite… et paradoxalement aussi le souhait d’aller doucement, de prolonger le plaisir, de cette découverte des paysages, de ces émotions, de rallonger ce bout de chemin avec vous… à la fin de chaque article, se dire “génial, il me reste encore tout ça à lire” puis, à la fin, attendre impatiemment le lendemain pour connaître la suite.

    Merci pour vos mots, merci pour ce beau voyage. J’ai l’impression d’être avec vous. Ça me fait sourire, rire parfois, pleurer aussi… pleurer parce que c’est bon de reconnaître mon Allan dans tout ça, pleurer parce que ça me fait réaliser que je m’ennuie terriblement (juste l’écrire, je pleure de nouveau, comme quoi les sentiments purs ne meurent jamais…). Mais hauts les coeurs !

    Quel courage d’avoir entrepris ce long chemin ! Je vous envie et je suis également admirative ! Certains disent que je suis courageuse, moi, d’avoir tout quitté… Peut-être… mais moi je pense que partir pour cette aventure que vous vivez l’est tout autant ! Une aventure à deux. Mais aussi, je pense, une aventure qui permet à chacun de penser et de se recentrer sur l’essentiel. Une aventure de groupe également, avec les gens que vous croisez et qui partagent votre vie le temps d’une journée ou deux.

    Concernant vos amies les petites bêtes (enfin, surtout les amies d’Allan…), ça me rappelle moi l’année dernière, en voyage humanitaire en République Dominicaine, avec environ 75 piqûres de moustiques sur chaque jambes et qui m’ont démangées pendant 2-3 semaines… donc je comprends ce que c’est. Pour les punaises de lit, je ne voudrais pas vous faire peur mais je ne serai pas étonnée qu’elles réapparaissent (ou plutôt qu’elles n’aient pas disparu)… ici au Québec, on en a beaucoup, surtout parce que des gens les ramènent des Caraïbes dans leurs affaires et que ça prolifère à vitesse grand v. J’ai toujours entendu dire que la seule façon de s’en débarrasser est d’enfermer toutes nos affaires au congélateur pendant 48 h… j’espère vraiment que vous réussissez à vous débarrasser…

    Je n’ai pas parlé de vos photos. Waow ! Elles sont magnifiques, à couper le souffle, à l’image de ce que vous voyez probablement, même si la plus belle des photos ne rendra – à mon avis – jamais justice à ce que c’est en réalité. Je parle, je parle, ou plutôt j’écris, j’écris… et je ne m’arrête plus ! À l’heure qu’il est, vous devez dormir, ou être proches du réveil. Je vais donc vous laisser continuer votre route. Allan, merci d’emmener une fée dans tes poches (mais essaye de ne pas la noyer en faisant la lessive) à compter de la 22ème journée (quel joli chiffre, je ne sais pas s’il y a un signe à voir là-dedans…), je t’aime. Et bonne continuation !

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